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    Gestion et administration

    28/05/2021

    Qu'est-ce qu'on vous apprend en premier à la Harvard Business School ? "Aucun plan ne résiste au premier contact avec l’ennemi."

    Ce premier contact a eu lieu aujourd’hui dans la descente depuis l’Alpe Agogna à Gignese, qui ne devait même pas figurer sur le Giro avant que la tragédie de Mottarone amène un changement de parcours. Le peloton s’est retrouvé à affronter une descente piégeuse, inconnue de tous hormis des fans de la défunte Coppa di Stresa. Dans cette improvisation, les Deceuninck – Quick-Step ont pris le rôle des fauteurs de troubles en accélérant dans la descente pour faire casser le peloton. La principale victime était Dani Martine, 7e du général et lieutenant d’Egan Bernal. Filippo Ganna a dû se relever pour aider Salvatore Puccio aux côtés de Martínez. Sebastián Molano a donné un coup de main à son compatriote colombien et, après quelques galères, le trou a été bouché. Les premiers assistants d’Egan dans la montagne, Castroviejo et Martinez, formaient à nouveau une équipe de choc et le plan avait survécu.

    Le scénario de l’étape de Sega di Ala prévalait à nouveau dans la dernière ascension. Almeida a attaqué tôt (à 7km de l’arrivée) et Simon Yates a répondu 500m plus loin. Mais, contrairement à ce qu’il avait tenté deux jours plus tôt, Egan est resté avec ses assistants, accordant une avance de 30” au Britannique avant de contenir cet écart jusqu’au sommet.

    Le détour par Gignese a mené les coureurs devant le seul musée du parapluie et du parasol au monde. Un panneau y décrit l’argot de vendeurs de parapluie, le tarùsc, qui leur permettait d’échanger des informations et des commentaires sans être compris. Les cyclistes ont leur propre tarùsc. Les colporteurs attrapent au vol des mots de dialectes espagnols, français, allemands ou italiens, les cyclistes piochent leur vocabulaire dans le jargon des MBA (“master of business administration”, ou maîtrise en administration des affaires). Leurs prédécesseurs parlaient de victoires et de défaites, de secondes et de minutes gagnées ou perdues, les cyclistes modernes disent des choses comme : “J’ai développé de très bons chiffres, je suis content de ma montée, je contrôle l’écart”. Il s’agit moins d’éviter d’être compris, que d’éviter d’affronter les faits directement.

    L’écart est contrôlé depuis trois jours. Comme Simon Yates l’a dit à Alpe di Mera, “ce n’était pas l’étape la plus dure, mais la dernière ascension était dure. Demain c’est très différent, très dur, et en altitude.”

    Avant même l’annulation du Fedaia et du Pordoi lors de la 16e étape, il y avait peu de passage au-dessus de 2.000m dans ce Giro : environ 500m de montée sur le Passo Fedaia, et 3,1km d’ascension sur le Passo Pordoi, qui ont tous les deux disparu du parcours ; 2,7km de montée sur le Passo Giau ; puis, dans la 20e étape, 2,6km d’ascension sur le Passo San Bernardino et un peu plus d’un kilomètre sur le Splügenpass / Passo Spluga ; soit, au total, 3,8km en montée et à peu près autant en descente. S’il résiste demain pour remporter ce Giro à faible altitude, Bernal prouvera qu’il ne dépend pas de longs passages à plus de 2.000m pour dominer ceux qui ont frandi au niveau de la mer.

    Mais va-t-il simplement s’accrocher, ou le plan prévoit-il d’en faire plus demain ? La météo pourrait être un facteur décisif. Les prévisions sont incertaines et, à chaque fois que les conditions ont été froides et humides sur ce Giro, Bernal a pris du temps à Yates. Le Britannique aurait peut-être dû s’arrêter à Gignese pour prendre un parapluie.

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