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Les maîtres du temps

08/05/2021

Victoire pour Ganna, bon départ pour Ineos et Deceuninck

Monté sur le jouet le plus moderne de Turin, Filippo Ganna s’est une nouvelle fois imposé en maître. La pression, le fait que chacun de ses gestes allaient être jugés, la présence de son rival Remco Evenepoel (qui l’avait battu à San Juan en janvier 2020) une minute devant lui sur le parcours : il n’a rien laissé perturber son effort vers la Maglia Rosa.

Sous un casque étouffant, derrière la visière, le contre-la-montre est un déferlement de violence envers soi-même. Selon les mots d’Edoardo Affini, qui a pris le meilleur temps 27 minutes après son coéquipier Tobias Foss et l’a conservé un peu moins d’une heure avant l’arrivée tonitruante de Ganna, “il faut se détruire. Il faut se pousser jusqu’à la limite. C’est très intense, et c’est vraiment difficile à encaisser pour le corps.”

Même les physiques les plus robustes sont confrontés à l’impossible défi de réunir l’expérience presque philosophique du temps qui passe, et la réalité mécanique du chronomètre. On sait tous ce que c’est de courir contre la montre, quand les secondes défilent plus vite qu’on ne les perçoit, et qu’on se retrouve à court de temps. Enfant, on se retrouvait face à de longs blocs de temps où les heures refusaient de s’écouler, alors qu’on attendait une occasion spéciale : la fin d’un long voyage, l’arrivée d’une personne aimée, le moment d’ouvrir des cadeaux ! Être adulte, dans nos vies productives, pourrait presque se définir comme la capacité à aligner le temps tel qu’on le vit et le temps qu’il est mesuré. Nos écrans d’ordinateur, qui affichent l’heure constamment, nous rappellent à chaque instant le temps qui s’écoule. Mais, même pour l’adulte le plus assuré, le temps peut soudain s’arrêter dans les moments de grand stress ou au contraire s’accélérer lorsqu’on court après.

Filippo Ganna a fait exploser ces tiraillements et, avec la précision d’une machine, il s’est offert un triomphe paradoxal qui reposait tout autant sur l’improvisation et l’enfant qui vit en lui. “On est parti avec une petit radio mais ça ne marchait pas du tout. Alors je me suis dit : ‘Écoute, Filippo, vas-y à fond, et écoute les spectateurs au bord de la route. S’ils crient ton nom, ça veut dire que tu vas assez vite. Ça a marché et cette superbe victoire en est le résultat.”

Elle fait de lui le premier vainqueur de quatre contre-la-montre consécutifs depuis que Francesco Moser s’est imposé en 1984 à Lucques (prologue), Milan et Vérone, et encore à Vérone (prologue) en 1985. Si Ganna remporte la dernière étape à Milan, il établira un nouveau record. Même Eddy Merckx n’avait pas remporté quatre contre-la-montre avant son 25e anniversaire.

En dehors des maîtres du temps, João Almeida et Remco Evenepoel, quatrième et septième, ont justifié les espoirs que Deceuninck – Quick-Step place en eux pour le classement général, en leur apportant un soutien inédit pour un prétendant au général au sein de la formation belge.

Aleksandr Vlasov a signé la meilleure performance de sa carrière dans un chrono : 11e de l’étape, il a seulement concédé 7 secondes à Almeida et 5 à Evenepoel. De quoi renforcer sa stature de prétendant.

Pozzovivo, Formolo et Sivakov ont chacun fini à 19 secondes d’Almeida. Martínez, Carthy, Yates, Bernal, Nibali, Bennett et Mollema suivent à moins de 5 secondes. Emanuel Buchmann et Dan Martin ont perdu bien plus, mais ces secondes envolées pourraient paraître insignifiantes en dernière semaine.

En bref, le duo de Deceuninck – Quick-Step a impressionné d’entrée. Ineos Grenadiers a pris la victoire d’étape et placé six coureurs, dont trois prétendants crédibles au général (Sivakov, Martinez et Bernal) à moins de 22 secondes d’Almeida. Le Giro est bien lancé pour ces deux équipes.

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