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Les aventures italiennes de Roger Rivière

01/04/2026

Si, au gré des guerres et des crises, bon nombre de coursiers italiens ont traversé les Alpes et adopté la nationalité française, Roger Rivière n’a rien à voir avec ces migrations. Son père Pierre, qui tenait un atelier de polissage-chromage de cycles, était originaire de Saint-Jean-Soleymieux, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Étienne. Sa mère Catherine, femme de ménage, venait de Riotord, au sud de la cité ouvrière, où Roger est né le 23 février 1936.

On pourrait croire que le fiston non plus n’a jamais quitté la Loire : il est mort à Saint-Galmier, dans la banlieue nord stéphanoise, le 1er avril 1976, il y a tout juste 50 ans. Un haut lieu de sa vie ligérienne ouvre toutefois des horizons merveilleux : le Vigorelli, le café-restaurant qu’il avait baptisé du nom du légendaire vélodrome milanais qui avait consacré sa classe internationale.

L’histoire de Roger Rivière est celle d’une comète, un talent incandescent né dans une ville réputée grise, qui a illuminé les routes et les pistes de France et d’Italie avant de s’éteindre brutalement. Victime d’une terrible chute alors qu’il bataillait avec Gastone Nencini pour remporter le Tour 1960, le Stéphanois a dû raccrocher son vélo à 24 ans. Frappé par un cancer du larynx, il est mort à 40 ans.

L’enchantement du Vigorelli

Un demi-siècle plus tard, son étoile brille toujours d’un éclat particulier parmi la constellation de légendes françaises. Sa carrière a été courte, son palmarès est nécessairement maigre, mais ses coups d’éclat ont ébloui les plus grands, jusqu’à Fausto Coppi, aux premières loges pour voir, encourager et accompagner l’entrée de Rivière dans la légende du cyclisme.

Le 15 septembre 1957, lorsque le Français s’avance sur la piste du Vigorelli pour s’attaquer au record de l’heure, il a 21 ans et un titre de champion du monde de poursuite, décroché un mois plus tôt en Belgique en détrônant le triple tenant du titre Guido Messina. Il s’attaque aux 46,393 kilomètres couverts en 1956 par Ercole Baldini (vainqueur du Giro 1958) dans la même enceinte – la piste milanaise est le théâtre des divers records de l’heure établis depuis 1935, notamment par Coppi, dont les 45,848 km ont fait référence de 1942 à 1956 (46,159 km pour Jacques Anquetil).

À la veille de son effort insondable, Rivière a erré sur les pavés milanais pour se trouver un lit – réserver une chambre d’hôtel lui avait visiblement échappé lors de ses préparatifs. Mais sur la piste, son coup d’essai est un coup de maître : 46,923 kilomètres. Au bord de la piste, Coppi est émerveillé par la performance du Français, qu’il juge “formidable et déconcertant”.

Plus vite, plus fort, plus douloureux

On promet les 47 kilomètres à Rivière. Il explose cette barrière – 47,346 km, malgré une crevaison après 48 minutes d’effort – un an plus tard, toujours à Milan, théâtre pour la dernière fois du record de l’heure (neuf ans plus tard, c’est à Rome que le Belge Ferdinand Bracke détrônera Rivière). Sur la piste, le Français est inarrêtable : trois titres de champion du monde de poursuite consécutifs (1957, 58, 59) et d’innombrables succès dans les épreuves et exhibitions prestigieuses qui l’opposent à Coppi, Anquetil, Baldini et autres machines à rouler.

Le Français veut également conquérir les sommets routiers, et notamment le Tour de France, qu’il découvre en 1959, à 23 ans. Son expérience est limitée, mais il s’est déjà distingué en remportant le Tour d’Europe en 1956, une épreuve amateur qui a fait étape à Udine et Trente. Début 1959, il a également participé à Paris-Nice Rome (7e au général avec plusieurs podiums d’étape, notamment à Vintimille et Sienne), remporté le contre-la-montre du Mont Faron devant Federico Bahamontes, et s’est offert deux étapes de la Vuelta et une autre sur le Dauphiné.

Rivière remporte encore deux étapes contre-la-montre sur le Tour 1959, qu’il finit au pied du podium (4e). Il reviendra en 1960 avec l’ambition claire de s’arroger le maillot jaune. De fait, il s’impose à Bruxelles (étape 1b), Lorient (6) et Pau (10), et mène un grand duel avec Nencini avant de s’écraser dans la descente du col de Perjuret. Parti à la faute dans un virage, il percute un muret, chute dans un ravin et finit dans un lit de branchages 25 mètres plus bas.

L’espoir français est fauché, paralysé pendant quatre jours en raison de graves blessures aux vertèbres. Il réapprendra à marcher mais devra renoncer à sa carrière et à une bonne partie de sa motricité. Sa reconversion est douloureuse et marquée par un recours intensif au palfium, un analgésique probablement à l’origine du cancer du larynx qui l’emportera le 1er avril 1976, tout près de chez lui, à Veauche. Sa vie, éphémère, l’a enraciné sur ses terres. Son talent, infini, a également traversé les Alpes.

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