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Lignes directes vers le passé

13/05/2021

Victoire d'étape pour Gino Mäder, et Maglia Rosa historique pour le Hongrois Attila Valter. Le tout dans un decorum qui sublime les exploits du jour.

Le Giro a une grande mémoire.

Jeudi, il empruntait l’ancienne Via Salaria, probablement construit par les Sabins avant meme la fondation de Rome, par-delà les Apennins jusqu’à l’arrivée à San Giacomo, à la frontière entre les régions des Abruzzes et des Marches. Jusqu’à l’unification italienne en 1861, cette même limite marquait la séparation entre les États pontificaux et le royaume des Deux-Siciles. Une borne installée en 1847 montre la position de l’ancienne frontière établie par Roger II, roi de Sicile et d’Afrique, au milieu du XIIe siècle, pour mettre un terme aux disputes entre Rome et Naples.

Là, Gino Mäder est devenu le deuxième Gino à remporter une étape du Giro. Gino Ier est bien connu : entre 1935 et 1950, Bartali a remporté trois éditions du Giro d’Italia et 17 étapes, la dernière le 2 juin 1950.

Cette longue histoire contraste avec les changements qui s’emparent du Giro. Aucun Attila n’avait disputé la Corsa Rosa jusqu’à cette année, et encore moins porté un maillot distinctif jusqu’à mardi, lorsqu’Attila Valter, 6e de l’étape, s’est emparé de la Maglia Bianca. Jeudi, en terminant l’étape avec Carthy, Vlasov et Yates, 17 secondes derrière Bernal, Dan Martin et Evenepoel, il s’est vêtu de rose, faisant de la Hongrie la neuvième nation à découvrir les joies de la Maglia Rosa lors des dix dernières années, après la Biélorussie (2011), le Canada (2012), la Lituanie (2012), la Colombie (2014), le Costa Rica (2016), l’Autriche (2017), l’Équateur (2019) et la Slovénie (2019).

Jamais un Remco ou un Egan avait disputé le Giro avant cette année (et un seul Hugh, le même que celui qui compte briller cette année). Après l’étape détrempée du jour, Attila, Remco, Egan et Hugh sont désormais premier, deuxième, troisième et sixième, avec Aleksandr Vlasov et Louis Vervaeke intercalés aux quatrième et cinquième places.

Il y avait 45 points à prendre pour la Maglia Azzurra sur la route de San Giacomo. Après la 16e étape, qui en offre 170, ou la 20e (120 points), ou même les 17e et 19e (89 points chacune), les défis de ce jeudi sembleront bien moins importants. L’ascension finale sera un lointain souvenir.- Mais on devrait chérir ce souvenir. Nous sommes tous définis par notre histoire, personnelle et commune. Nous sommes tiraillés par l’ancien et le neuf, qui déchirent le monde à l’image de Filippo Ganna venu faire exploser le peloton à 50km de l’arrivée, dépossédant le pauvre Alessandro De Marchi de sa Maglia Rosa.

Notre passé nous permet de définir nos identités. Le Giro (à vélo, un héritage industriel fondamental aujourd’hui conçu par des ingénieurs de Formule 1 et construit par des robots) nous donne un équilibre entre ces tiraillements.

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