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Vingegaard, géant marqué du sceau Rosa

31/05/2026

Dimanche, Rome a consacré un nouvel Empereur. Veni, vidi, vici, comme le veut le lieu commun latin, convoqué à l’excès, mais qui sied particulièrement au vainqueur du Giro d’Italia 2026. À 29 ans, Jonas Vingegaard se présentait pour la première fois devant les tifosi de la Corsa Rosa. Pendant trois semaines, le leader de l’équipe Visma – Lease a Bike s’est montré fidèle à lui-même : une forme de réserve, marque de sobriété et d’élégance, dans sa manière d’être et de faire ; une course sans retenue, marquée par ses envolées en montagne, pour s’offrir un succès historique. Après le Tour de France (2022, 2023) et la Vuelta a España (2025), le Danois ajoute un joyau Rosa à sa couronne. “C’est irréel“, souffle-t-il.

 

Sa domination fut pourtant bien concrète. Les rêves de Maglia Rosa de Jonas Vingegaard remontent à plusieurs années. Ils se sont définitivement imposés à lui l’an dernier, même s’il a fallu attendre janvier pour que le Danois les révèle au monde entier. Le champion de juillet, grand rival de Tadej Pogačar sur les routes françaises, était prêt à affronter de nouveaux défis, élargir sa palette et son palmarès pour dépasser ses succès en jaune et devenir un géant de son sport.

 

Il y avait une forme d’initiation lorsque Vingegaard s’est présenté sur les rives de la mer Noire pour la Grande Partenza. La 109e Corsa Rosa récompensait d’abord Paul Magnier (Soudal Quick-Step), première Maglia Rosa de cette édition après avoir souffert lors de sa découverte l’épreuve, l’an dernier. Vingegaard, lui, se montrait à son aise dès son deuxième jour de course sur le Giro, avec une première attaque tranchante dans la montée du monastère Lyaskovets. Un petit groupe allait revenir sur lui, ouvrant la voie à Thomas Silva (XDS Astana). Ce n’était pas encore l’heure du Danois. Mais les bases de ses conquêtes italiennes ont été posées dès la Bulgarie.

Les cinq leçons de Vingegaard

L’ouverture est finalement venue au septième jour de course, le premier avec une arrivée au sommet. À l’horizon, le Blockhaus présentait ses pentes déchirées par les affrontements. Au sommet, Vingegaard embrassait la photo de sa famille, fixée sur son cintre, pour célébrer son premier succès sur le Giro, là où Eddy Merckx avait ouvert son palmarès sur la Corsa Rosa (en 1967).

Sa dixième victoire d’étape sur un Grand Tour le faisait déjà entrer dans un club prestigieux : il est le 115e coureur à s’être imposé sur le Giro, le Tour et la Vuelta. “J’attendais cette étape depuis que j’ai découvert le parcours“, souriait-il à l’arrivée. Manifestement, ce grimpeur d’exception avait coché d’autres grands rendez-vous montagneux sur ce Giro.

Après le Blockhaus, la démonstration s’est poursuivie au Corno alle Scale, tout en maîtrise :

Puis à Pila, où il a découvert les honneurs de la Maglia Rosa :

À Cari, Vingegaard s’offrait un carré de victoires sur le Giro, la première avec la tunique mythique sur les épaules :

Enfin, à Piancavallo, dans une journée chargée d’émotions et d’histoire, le Danois ajoutait la cinquième pierre à son édifice Rosa avec un solo de plus de dix kilomètres d’ascension :

Vingegaard – Giro, un mariage dont tout le monde ressort grandi

C’était beau de porter cette Maglia Rosa commémorative et de rendre hommage aux victimes du tremblement de terre d’il y a cinquante ans“, observait-il après son succès frioulan. Place désormais au triomphe romain.

 

Grâce à Vingegaard, le Danemark devient la 18e nation à remporter le Giro. L’ancien ouvrier sur des marchés aux poissons a l’habitude d’écrire l’histoire cycliste de son pays. Mais avec ce succès sur le Giro, il dépasse les frontières pour s’installer parmi les géants de son sport, toutes nationalités et époques confondues.

 

Après Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Chris Froome, on compte désormais un huitième champion qui a su remporter les trois Grands Tours. Vingegaard y parvient avant Pogačar. Cela peut sembler anecdotique. Mais c’est tout de même significatif dans une rivalité qui définit les épreuves de trois semaines modernes et occupe déjà une place de choix dans les livres d’histoire.

 

Surtout, cette triple couronne Rosa-Jaune-Rouge souligne l’extraordinaire régularité dans l’excellence dont Vingegaard fait preuve sur les courses par étapes. Il n’est peut-être pas fait pour les courses d’un jour. Mais depuis qu’il s’est révélé sur les Grands Tours, en prenant la deuxième place du Tour 2021, il a toujours fini à l’une des deux premières places. Cette année, la Corsa Rosa s’est trouvée un champion d’exception. Et Vingegaard avait besoin d’elle pour atteindre une nouvelle dimension.

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